" Collet monté"
cheveux
 
C’est le simple, l’ordinaire, le proche et leur mémoire qui m’intéressent.
Je travaille ainsi à partir d’objets du quotidien ou de l’environnement proche, mis en scène selon des techniques mixtes (dessins, collages, photos, vidéos, couture)
Depuis quelques temps c’est le matériau : cheveu, qui est mon  outil  de réflexion, portée par les différentes symboliques qu’il représente : féminité, énergie vitale, force, mémoire, temps et par la préoccupation quotidienne, universelle qu’il génère.






 

Florence Guillemot se distingue par la profusion des possibles qu'elle tresse, tisse, tord dans dessins, des installations, des objets, avec de la poussière ou des cheveux, des poids, des cadres et parfois des feuilles, des nasses et des robinets qui croisent des fictions comme un conte sur fond de légende. Ces métaphores laconiques déroulées sous la forme d'exercices de style, un peu comme des listes tirées de notre quotidien sont en prise directe avec nos gestes, nos contradictions, nos menus désordres et maladresses qui semblent disparaître dans leur nombre et leur temps, et faire de nous des sortes de contorsionnistes de nos existences.

De même elle fait d'un poids en fonte son bouc  émissaire et lui fait jouer des rôles dans une série de vidéos comme à une marionnette. Parfois bichonné, parfois maltraité, ce poids semble humanisé. Ces Petits arrangements avec poids nous dérangent. Parviendrait-elle à le faire parler ? Penser ? Il vit ce que nous vivons détourné de sa fonction première. Il se retrouve dans des lieux ou associé à des objets des plus inattendus souvent issus de la vie quotidienne. Ce poids-là fut-il boulet peut devenir léger sourire grinçant, et se retrouver dans plusieurs déclinaisons, combinaisons, situations.

Les vidéos " Border cadres" ou "Dérangements avec cadre "suggèrent des saynètes où la maladresse décalée du personnage FG confère au comique une empathie où chacun se projette. Le personnage se met en scène et convoque le spectateur à participer à un guet-apens. Si le personnage rappelle ceux du burlesque et du mime, la pièce qui se joue devant nous se nourrit de la dérision et de l'absurde.

La simplicité des séries de dessins  " Traits, très légères sortie de.." déconcerte. Des traits de cheveux sont utilisés presque comme des tracés au crayon et des points de couture trouent le papier de noir. La finesse du trait s'engage dans des suites de dessins abstraits ou figuratifs. Tout se tend entre des lignes droites, contrôlées et des fractures ou des écarts.
Les cheveux offrent au graphisme des échappées borderline. Des sorties de route.  Des échappées belles dans cet ensemble de Traits, très légères sorties de lignes.

Non sans délicatesse et humour Florence Guillemot maltraite les champs de l'art comme des jeux de mots qu'elle convertit en pichenettes et douces provocations. Des expressions de la langue qu'elle tire et met en action, en scène procède à une distorsion du sens : "donner du poids" à des choses ou à des paroles, "tirer quelque chose par les cheveux", "couper les cheveux en quatre", "sortir du cadre", "un cadre dynamique", sont prises au pied de la lettre. Sens propre et figuré sont mis à rude épreuve, créant ainsi une fonction stimulante et dynamique. La main dessine ou réhabilite notre fragilité qui soudain se fige comme l'écriture d'une page à tourner. Prenant finalement en apparence tout au pied de la lettre et au premier degré, on peut dire sans risque que l'artiste nous pousse au pied du mur.
Vacille alors un univers qui à peine apprivoisé se décoiffe pour une ligne qu'un souffle ébourrife.
 


Sophie Braganti